Nichée au cœur du quartier historique du Carmen, l’Église de San Nicolás de Bari et San Pedro Mártir (Iglesia de San Nicolás) est l’un des trésors artistiques les plus spectaculaires de Valence. Si son extérieur gothique discret s’intègre en toute simplicité dans le dédale des ruelles médiévales de la Ciutat Vella, franchir son seuil révèle un éblouissement pictural sans équivalent en Espagne : près de 2 000 mètres carrés de fresques baroques recouvrant l’intégralité des voûtes.
C’est cette profusion de couleurs, de perspectives et de détails bibliques qui lui a valu le surnom mérité de « Chapelle Sixtine valencienne ».
Les origines du surnom : L’analogie avec le chef-d’œuvre de Michel-Ange
Le parallèle entre San Nicolás et le chef-d’œuvre du Vatican n’est pas un simple slogan touristique. Il a été popularisé par le célèbre restaurateur italien Gianluigi Colalucci — l’homme qui a dirigé la restauration de la Chapelle Sixtine à Rome — lors de sa venue à Valence pour analyser le chantier de San Nicolás.
Impressionné par l’ampleur du cycle pictural, la maîtrise du trompe-l’œil et l’impact visuel de la voûte, Colalucci qualifia l’édifice de « Chapelle Sixtine valencienne », une formule immédiatement adoptée par les historiens de l’art et les visiteurs du monde entier.
Une métamorphose artistique : Du gothique au baroque exubérant
L’histoire de San Nicolás repose sur un fascinant dialogue entre deux époques architecturales :
- Les fondations gothiques (XVe siècle) : Érigée sur le site d’un ancien temple romain puis d’une mosquée, l’église fut reconstruite dans le style gothique valencien à nef unique avec chapelles latérales sous l’impulsion de la famille Borja (Borgia).
- La métamorphose baroque (XVIIe siècle) : Entre 1690 et 1701, le prêtre et peintre valencien Vicente Guilló, suivi du maître du baroque Dionís Vidal (élève d’Antonio Palomino), recouvrirent les structures gothiques d’un fabuleux programme de fresques.
Ce que racontent les fresques de la voûte
Les peintures de la voûte racontent en parallèle la vie des deux saints patrons de la paroisse :
- Saint Nicolas de Bari : Côté épître, les fresques illustrent les miracles et la générosité du saint protecteur des enfants et des marins (qui inspirera la légende de Saint-Nicolas et du Père Noël).
- Saint Pierre Martyr : Côté évangile, le cycle retrace la vie, le martyr et les prédications de ce saint dominicain du XIIIe siècle.
- L’art du trompe-l’œil (ilusionismo) : Dionís Vidal a utilisé des techniques de fausse architecture (quadratura) pour donner l’illusion que le plafond s’ouvre directement sur le ciel, peuplé d’anges, d’archanges et d’allégories sacrées.
La restauration historique de 2016
Pendant des décennies, la fumée des cierges, l’humidité et le passage du temps avaient assombri les fresques. Grâce au mécénat de la Fondation Hortensia Herrero et aux travaux de l’Université Polytechnique de Valence (UPV), le site a bénéficié entre 2013 et 2016 de l’une des plus importantes restaurations d’art d’Europe.
Plus de 40 000 heures de travail méticuleux (utilisant parfois des technologies de micro-bactéries pour nettoyer les pigments sans abîmer la peinture) ont permis de redonner aux fresques leur éclat et leur luminosité d’origine.
Informations pratiques pour la visite
Bon plan : Des billets combinés sont souvent proposés pour visiter le même jour le Musée de la Soie et l’Église San Juan del Hospital.
Adresse : Calle Caballeros, 35, 46001 València (accès principal par la Calle de San Nicolás).
Horaires : Du mardi au vendredi (10h30 – 19h30), samedi (10h30 – 18h30), dimanche (13h00 – 20h00). Fermé le lundi pour les visites touristiques.
Inclus dans le billet : Un visioguide / audioguide très complet est inclus dans le prix d’entrée (~10 €) pour décrypter chaque détail des fresques.